À six heures quarante-sept, le badge de Nisha Qureshi cessa de la reconnaître devant une porte qu’elle franchissait depuis douze ans.
La diode passa au rouge. Elle attendit, repassa le badge. Rouge encore.
Derrière la vitre armée, le couloir de service de St Thomas était exactement comme la veille : chariot de linge contre le mur, caisse de gants ouverte sur une chaise, affiche demandant qu’on ne bloque pas la porte avec une poubelle. Rien n’avait changé assez pour expliquer qu’elle se retrouve du mauvais côté avec un café tiède dans une main et son sac dans l’autre.
Elle posa le gobelet au sol et essaya une troisième fois.
— Si tu continues, dit Mo derrière elle, la porte va finir par se sentir coupable.
Nisha se retourna.
Mo Adeyemi arrivait de la cafétéria avec deux rouleaux de bracelets blancs sous le bras et un sachet de viennoiseries qu’il protégeait davantage que le matériel médical.
— Mon badge ne marche pas.
— J’avais compris le sous-texte.
Il approcha le sien. La diode passa au vert immédiatement.
Nisha ne bougea pas.
— Essaie de ne pas avoir l’air satisfait.
— Je suis infirmier coordinateur. L’accès constitue une part importante de mon narcissisme.
Il ouvrit, puis attendit qu’elle entre. Sur le mur intérieur, le registre de garde avait retrouvé une reliure neuve. L’ancien, gonflé par l’humidité et les ajouts de la première nuit, avait été archivé deux jours plus tôt. À sa place, trois feuilles plastifiées expliquaient quels appels noter, quels noms ne pas inscrire et comment signaler qu’une information provenait d’un récit mémoriel sans la recopier dans le dossier clinique.
Nisha ôta son manteau.
— Pourquoi mon badge est coupé ?
Mo posa les bracelets au poste central.
— Tu n’as pas lu ton courrier.
— J’ai dormi quatre heures.
— Donc tu as eu le temps de lire un courrier très court.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.