À dix-sept heures sept, la grande horloge du hall avait trois minutes d’avance et Maud Delmas le savait depuis le matin.
Elle frotta la petite cicatrice en croissant à la base de son pouce gauche.
Elle savait aussi que personne ne la remettrait à l’heure avant lundi. La nacelle nécessaire à l’intervention était immobilisée dans un dépôt à trente kilomètres, le technicien d’astreinte avait déjà dépassé son quota, et trois minutes n’empêchaient aucun train de partir. Elles gênaient seulement Maud chaque fois qu’elle levait les yeux.
— Tu vas finir par lui faire peur, dit Clara.
Maud baissa le regard. Sa sœur attendait devant la borne de compostage désaffectée, un gobelet de thé coincé entre deux doigts et son billet papier froissé dans l’autre main. Le billet était devenu une petite masse blanche aux coins mous. Clara l’ouvrait, vérifiait l’heure, le refermait, comme si le 18 h 32 pour Lormey pouvait changer sous la pression de ses phalanges.
— Elle a tort, répondit Maud.
— Qui ?
— L’horloge.
Clara suivit son regard vers le cadran suspendu au-dessus du hall. Autour d’elles, la gare de Valenne-Centrale faisait ce qu’elle faisait tous les samedis de pluie : elle retenait trop de monde sous un toit trop sonore. Des familles s’agglutinaient devant les écrans, les valises traçaient des pistes noires sur le carrelage mouillé, une annonce se perdait dans le souffle des portes automatiques. Au fond, près de la voie 9, un agent agitait le bras pour empêcher des voyageurs de descendre un escalator mis à l’arrêt.
— Tu vois ? dit Clara. C’est pour ça qu’on n’arrive jamais à parler. Même une horloge gagne contre moi.
Maud allait répondre quand son téléphone professionnel vibra.
**Coursive Ouest saturée. Quai 6 libéré. Besoin décision flux.**
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.