La barrette se planta dans la paume d’Hugo au moment où il voulut attraper le plat à gratin.
Il la regarda comme on regarde une vis tombée d’un meuble : une petite chose qu’il fallait remettre à sa place avant que quelqu’un marche dessus. Plastique rose, deux dents déjà blanchies à la charnière, une étoile argentée collée de travers. Nina avait dû l’enlever encore une fois. La veille, Sabine lui avait coupé la frange et, depuis le matin, la petite se plaignait que tout « tirait » autour de ses oreilles.
— Elle est à toi ? demanda Hugo.
Nina, assise par terre avec Jules devant un jeu de cartes, leva à peine les yeux.
— Non.
— Tu l’avais dans les cheveux il y a dix minutes.
— Alors elle était à moi il y a dix minutes.
Jules éclata de rire. À dix ans, il riait surtout quand quelqu’un d’autre se faisait prendre dans un raisonnement impossible. Hugo lui lança la barrette. Jules se baissa trop tard ; elle rebondit sur son épaule et disparut sous la commode du couloir.
— Bravo, dit Claire depuis la table. Gestion impeccable du problème.
Hugo posa le plat et s’accroupit. La commode, un meuble trop lourd que son père avait fabriqué à une époque où tout devait pouvoir survivre à un déménagement, laissait quatre centimètres au-dessus du parquet. Il passa les doigts dessous, ramena un bouchon de feutre, une pièce de deux centimes et un mouton de poussière. Pas de barrette.
— Laisse, dit sa mère. On la retrouvera à Noël, avec tout le reste.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.