Le vendredi 9 octobre, le lac avait retrouvé une rive qu’aucun d’eux n’avait dessinée.
La pelleteuse avait mangé une partie du talus, tassé le reste et posé trois rangs de blocs gris à l’endroit où la terre s’était ouverte la semaine précédente. De loin, le chantier ressemblait à une correction propre. De près, on voyait encore les racines tranchées, la boue séchée sur les pierres neuves et les marques fluorescentes des géomètres.
Maud resta derrière le jalon jaune que Giraud venait d’enfoncer dans le sol.
— Jusqu’ici, dit-il. Pas plus bas.
— C’est devenu une phrase d’accueil chez vous ? demanda Thomas.
— J’envisage de la faire broder sur les gilets.
Nora nota l’heure : 9 h 11. Elle avait réduit la visite à quatre personnes. Claire travaillait. Samir était à Dijon sur un chantier et avait refusé, par message, de « participer à distance à une navigation au souvenir ». Léo n’avait pas besoin d’être là ; il recevrait les photographies brutes au retour. Maud et Thomas avaient été admis comme personnes concernées par la provenance du fonds, pas comme guides du terrain.
La distinction ne gênait personne tant qu’elle restait une phrase sur une fiche.
Maud regarda l’eau.
Aucun vent. Les hêtres de la rive opposée continuaient sous la surface avec une précision presque obscène. Entre les deux, la ligne réelle se perdait dans un gris vert, sauf là où une feuille dérivait et déformait deux troncs à la fois.
Elle pensa à Zoé qui lui avait envoyé, avant son départ, une photo de son sac de handball ouvert sur le canapé avec le message : *17 h 15. Cette fois c’est toi.* Maud avait répondu oui sans ajouter de point d’exclamation, comme si la sobriété augmentait la valeur d’une promesse.
Nicolas avait seulement demandé :
— Et si le lac décide de te retenir ?
— Le lac ne décide rien.
Il l’avait regardée assez longtemps pour qu’elle entende la suite qu’il n’avait pas dite.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.