À seize heures quarante, le papier avait déjà commencé à se soulever aux coins.
Nora posa sa tasse sur le bord blanc, loin des courbes de niveau. Le plan d’évacuation occupait toute la table de réunion : une feuille A0 imprimée trop vite, encore tiède par endroits, où les routes départementales s’épaississaient en orange et les pistes forestières en gris pâle. À force de passer les doigts dessus, Yannis avait laissé une marque de graphite près du ravin de la Devèze.
— Je te dis que la piste est barrée, répéta-t-il.
— Tu me dis que le fichier dit qu’elle est barrée.
— C’est l’idée d’un fichier de fermeture.
Nora inclina la tête. Sur l’écran du portable, le tronçon apparaissait sous une hachure rouge datant de trois semaines. « Accès interdit — affaissement talus aval ». L’organisateur du trail attendait la carte définitive avant dix-sept heures. Cent quatre-vingts bénévoles l’auraient sur leur téléphone le soir même ; six équipes de secours utiliseraient la version imprimée au briefing du samedi.
Elle connaissait cette piste. Deux virages serrés sous les pins, une aire de retournement mangée par les fougères, puis une bifurcation qui paraissait plus importante sur les données qu’elle ne l’était sur le terrain : à droite, la voie principale ; à gauche, un chemin d’exploitation assez large pour un fourgon si personne n’avait garé un tracteur au mauvais endroit. Elle l’avait prise au printemps. Elle se souvenait du bruit des branches sur le toit du véhicule, du fossé rempli de feuilles noires, de l’impression très nette que le relief s’aplatissait après le second virage alors que les courbes de niveau prétendaient le contraire.
— L’affaissement est après la jonction, dit-elle.
Yannis se pencha, ses lunettes glissèrent sur son nez.
— Tu as la photo ?
— Non.
— Un point GPS ?
— Je conduisais.
— Et moi, j’étais Napoléon.
Il n’avait pas levé les yeux. C’était sa façon à lui de lui offrir encore une porte de sortie.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.