À huit heures vingt-deux, le studio sentait encore le produit à parquet et le café réchauffé. Benny préférait cette heure-là, avant que les corps apportent avec eux leur fatigue, leurs retards, leurs histoires de métro et les petites diplomaties qu’il fallait mener avant de pouvoir demander à quelqu’un de tomber sur un autre sans lui casser le nez.
Il avait posé six bandes de ruban noir au sol. La septième refusait de coller.
— Elle est morte, dit Célia derrière lui.
Benny lissa le ruban du pouce.
— Elle est humide.
— C’est une façon très professionnelle de dire qu’elle est morte.
Il se redressa. Célia avait déjà ses genouillères, un pull noué à la taille et les cheveux retenus par un crayon. Elle avait laissé la porte du studio ouverte ; dans le couloir, on entendait Romain discuter avec le livreur qui cherchait « Monsieur Rives » depuis le rez-de-chaussée.
— Ferme, s’il te plaît.
— Tu vas encore nous faire travailler sans chauffage ?
— Le chauffage fait un bruit de chaudière polonaise dans l’enregistrement.
— On ne tourne pas aujourd’hui.
— C’est une question de principe.
Elle referma la porte en souriant à moitié. Benny ramassa le rouleau. Sur la table, son ordinateur affichait le plan de répétition qu’il avait repris à quatre heures trente. Une colonne entière était passée du nom de Romain à celui de Célia. Ce n’était pas encore une décision, se répétait-il. Seulement une manière d’être prêt si la décision devenait nécessaire.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.