À dix-sept heures douze, le vendredi, Camille reçut la version définitive de son divorce au moment précis où le bureau d’études lui annonçait que la rampe d’accès de l’école Moncey dépassait de trois centimètres sur l’emprise du voisin.
Elle regarda d’abord le plan.
L’écran partageait son attention en deux rectangles presque égaux : à gauche, la coupe du préau et la ligne rouge que l’ingénieur avait ajoutée au dernier moment ; à droite, la notification de Maître Lenoir, dont l’objet tenait sur une ligne : **Convention prête pour signature — lundi 16 novembre, 14 h**.
— Trois centimètres, répéta Nora derrière elle. À ce niveau-là, c’est de l’acharnement géométrique.
Camille agrandit la coupe.
— Trois centimètres, c’est un voisin qui refuse de signer la réception.
— Et deux millimètres ?
— Deux millimètres, c’est une discussion.
— J’aime beaucoup ta manière de faire de la philosophie avec des garde-corps.
Nora posa sur le coin du bureau un gobelet de café qu’elle n’avait pas demandé. Depuis le mois de septembre, elle avait cessé de lui demander si elle voulait quelque chose avant d’aller à la machine. Elle revenait avec deux cafés, dont un décaféiné pour Camille, et feignait d’oublier que ce changement datait du jour où Camille avait commencé à dormir par tranches de quatre heures.
Dans l’open space, les autres écrans s’éteignaient l’un après l’autre. Une pluie fine collait aux vitres de l’agence. En contrebas, la rue de la Villette brillait dans les phares et les bus. Camille prit le gobelet, but trop tôt, se brûla la langue et n’en dit rien.
— Tu vas l’ouvrir ? demanda Nora.
Camille ne demanda pas de quoi elle parlait.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.