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Le tiroir du bureau / VOLUME 1

LE TIROIR DU BUREAU

Le bureau de Marc avait toujours eu un tiroir qui coinçait.

Vincent l’avait su avant de savoir lire. Il fallait le tirer droit sur trois centimètres, le relever presque imperceptiblement, puis reprendre la course. Son père effectuait ce geste sans y penser, comme on contourne une marche dans une maison où l’on a grandi. Enfant, Vincent avait pris le défaut pour une règle du meuble. Plus tard, quand il avait compris qu’un menuisier aurait pu le corriger en une heure, il avait trouvé très marcien de préférer connaître exactement la résistance plutôt que la supprimer.

Six semaines après l’enterrement, le tiroir opposait la même mauvaise volonté.

— Laisse-le, dit Agnès.

Vincent ne répondit pas. Il avait déjà posé le téléphone sur le plateau de chêne, appareil photo ouvert, et déplacé la lampe de bureau de dix centimètres pour que son ombre ne tombe pas sur le contenu. Autour d’eux, l’ancien cabinet de Marc au Centre Lhomond ressemblait moins à un sanctuaire qu’à une pièce dont quelqu’un avait interrompu le déménagement. Deux caisses grises portaient des étiquettes blanches : EFFETS PERSONNELS et À STATUER. Sur le mur, un rectangle plus clair marquait l’endroit où une bibliothèque avait été démontée. L’air sentait la poussière chaude des radiateurs et le carton neuf.

Agnès gardait son manteau. Elle n’avait pas encore accepté de poser son sac.

— Tu as photographié les stylos, reprit-elle.

— Il y en a un qui appartient au Centre.

— Bien sûr.

— Il est gravé.

— Vincent, ce n’est pas un cambriolage.

Il leva les yeux. Sa mère avait ce talent intact pour faire d’une phrase courte une objection complète. Elle avait vieilli depuis le décès de Marc, mais pas de la manière spectaculaire qu’attendaient les condoléances. Rien ne s’était effondré. Elle oubliait seulement de fermer son manteau, laissait refroidir son café, cherchait ses lunettes alors qu’elles étaient dans sa main. Des écarts minuscules. Vincent les avait notés avant de s’en vouloir de les noter.

— Justement, dit-il. Après, personne ne se souviendra d’où venait quoi.

— C’est très grave pour les stylos.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
LE TIROIR DU BUREAU — Lecture — APODYOPSIS