Le bracelet refusa d’abord de sortir de l’imprimante.
Paul Delmas tapa deux fois du bout de l’index sur le capot, attendit le petit grondement du rouleau, puis tira sur la bande blanche avant que la machine eût fini de la couper. Le nom de la patiente apparut de travers : SALOMÉ AÏT-BENALI, 24 ANS, CARDIOLOGIE 3B. À côté du code-barres, l’encre avait bavé sur le dernier chiffre de sa date de naissance.
— On le refait, dit-il.
Joël, l’infirmier, leva les yeux du chariot de médicaments.
— Il se lit.
— Il se lit maintenant. Dans six heures, quelqu’un scanne le mauvais chiffre et on passe dix minutes à comprendre pourquoi ça ne marche pas.
— Dans six heures, je serai chez moi.
— Et quelqu’un d’autre perdra dix minutes.
Joël eut un sourire sans joie, arracha un second bracelet et le posa sur le chariot. Il travaillait depuis le matin ; Paul depuis plus longtemps encore, ce qui n’était pas une excuse mais une information que personne n’avait envie de commenter. Dans le couloir, les roues d’un lit cognèrent le joint du revêtement avec la régularité d’un métronome. Une sonnette retentit au bout du service. Quelqu’un appela « monsieur Laurent » derrière une porte.
Paul relut le bracelet. Le deuxième était net.
— Merci.
— Je note l’événement dans le dossier qualité ?
— Seulement si tu veux tuer quelqu’un avec un PowerPoint.
Joël souffla par le nez. C’était la version hospitalière d’un rire.
Paul entra dans la chambre 318 avec le bracelet enroulé autour de deux doigts. Salomé Aït-Benali était assise sur le lit, les jambes croisées sous la chemise d’hôpital, son téléphone retourné sur la table comme si elle avait décidé de lui infliger une punition. À vingt-quatre ans, elle avait déjà l’air de connaître le vocabulaire des médecins qui essaient d’être rassurants sans promettre. Sa mère occupait le fauteuil près de la fenêtre et tenait le sac à main sur ses genoux, fermé à deux mains.
— On vous change juste le bracelet, dit Paul.
Salomé lui tendit le poignet.
— C’est ça, le traitement ?
— Ça, c’est pour éviter qu’on vous donne celui du voisin.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.