À 7 h 37, Mara Keane savait déjà que son train aurait quatre minutes de retard, que la rame courte s’arrêterait trop loin sous la marquise de Crofton Park et que, si elle montait par la troisième porte, elle trouverait une place côté fenêtre avant que Nunhead ne remplisse l’allée.
Elle n’en tirait aucune fierté. C’était simplement plus confortable de savoir.
Le panneau annonçait **DELAYED** avec l’obstination calme des choses qui ne s’excusent pas. Autour d’elle, les gens se redistribuèrent sur le quai. Un homme en veste de chantier se mit à marcher vers l’avant. Deux lycéennes abandonnèrent leur banc. Mara ne bougea pas. La rame courte s’immobilisa exactement à l’endroit prévu et la troisième porte s’ouvrit devant elle.
La veille au soir, elle avait consulté les travaux prévus sur la ligne et choisi le train qui lui laissait neuf minutes de marge à Farringdon. Neuf, pas dix : dix l’aurait obligée à partir plus tôt pour rien. Mara n’aimait pas attendre lorsqu’elle pouvait transformer l’attente en calcul. Elle savait quelle sortie de Farringdon économisait deux feux piétons, quelle boulangerie ouvrait avant huit heures et combien de temps Farah mettait en moyenne à répondre à un message portant le mot *urgent*. La plupart de ces informations n’avaient aucune importance. Ensemble, elles lui donnaient la sensation qu’une journée possédait des bords.
Une poussette bloqua un instant la porte. Mara tendit la main, retint le battant le temps que la mère la fasse pivoter, puis reçut un merci essoufflé. Elle remarqua que l’enfant portait une seule moufle. Avant de s’asseoir, elle regarda sous les sièges, vit l’autre coincée près d’une chaussure et la rendit à la femme.
— Vous voyez tout, vous, dit celle-ci en souriant.
Mara sourit à son tour. Elle ne répondit pas que c’était précisément le problème.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.