La boîte revint de Brno sans avoir été ouverte.
Nora le sut avant de lire le bordereau, à la façon dont la bande de fermeture avait été posée sur celle du départ. Au Centre, Salomé utilisait un adhésif mat qui se déchirait en fibres courtes. Celui-ci était plus lisse, presque brillant, et portait à chaque extrémité un tampon violet des Archives municipales de Brno. Entre les deux tampons, au feutre noir, quelqu’un avait écrit en français : **RETOUR SANS CONSULTATION**.
Le chariot de réception grinça lorsqu’elle le tira sous la lampe.
— Ne me dis pas que tu reconnais déjà l’adhésif, dit Salomé.
— Je reconnais le nôtre.
— C’est moins inquiétant.
— Pas vraiment.
Elles étaient arrivées tôt pour traiter trois retours de prêt avant l’ouverture de la salle. Deux contenaient des copies de registres commerciaux sans rapport avec le carnet noir. La troisième devait leur donner accès à une série de doubles administratifs demandés avant la crise Nováková : des fiches de circulation de 1968 à 1972 susceptibles d’éclairer la manière dont certains termes avaient été conservés après anonymisation des personnes.
Pas S.A.-4 lui-même. Pas Erika. Pas un nouvel ancêtre du mot.
Juste la mécanique autour.
Nora avait voulu cette demande précisément parce qu’elle était ennuyeuse.
Sur le papier de retour, Ivana Havel avait signé la veille à 16 h 41.
**Consultation suspendue par réévaluation des risques de réidentification après circulation publique de rapprochements nominatifs. Boîte non ouverte. Prêt annulé.**
Au-dessous, une seconde mention précisait que l’annulation ne préjugeait ni du contenu ni du statut futur de la série.
Nora posa le bordereau à côté de la boîte.
— Elle n’a même pas ouvert pour vérifier si les fiches étaient nominatives, dit Salomé.
— Si elle ouvre pour vérifier, elle consulte déjà un fonds qu’ils ont décidé de réévaluer.
— Je sais. Je constate juste que nos procédures commencent à avoir des procédures.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.