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Le café de Kōenji / VOLUME 1

Le café de Kōenji

La tasse de Sachiko avait une fêlure verticale que Shigeru n’avait jamais réparée.

Elle partait du bord, juste sous l’anse, et descendait sur deux centimètres dans l’émail couleur ivoire. Tant qu’on n’y versait rien de trop chaud, elle ne bougeait pas. Sachiko disait que les objets qui tenaient encore debout ne réclamaient pas forcément qu’on les sauve.

Shigeru la posa à droite de son bol de riz.

Mai s’interrompit au milieu d’une phrase.

— Papa.

Il suivit son regard. Sur la petite table carrée, quatre bols formaient un presque-carré : le sien, celui de Mai, celui de Ren, et devant la chaise vide, le couvert qu’il venait de mettre sans y penser. Un peu de vapeur montait encore de la soupe miso. Dans la pièce au-dessus du café, le réfrigérateur vibrait avec ce bruit de moteur fatigué qu’il promettait de faire réparer depuis juin.

— Ah.

Shigeru prit la tasse.

— Laisse-la, dit Ren.

Mai regarda son fils.

— Ne l’encourage pas.

— J’encourage rien. Je dis juste que si grand-mère revient boire un café, autant qu’elle ait sa tasse.

— Ta grand-mère n’aimait pas le café le soir.

— C’est justement pour ça qu’elle reviendra. Elle aura des regrets.

Ren avait seize ans, les cheveux assez longs pour agacer le règlement de son lycée et la manière très sérieuse de dire des absurdités. Shigeru posa la tasse sur le buffet, à côté d’un pot contenant trois baguettes dépareillées, puis revint s’asseoir.

— Continue, dit-il à Mai.

Elle ne continua pas tout de suite. Elle séparait les arêtes du sanma avec l’application qu’elle avait déjà à huit ans, quand elle s’était persuadée qu’avaler une arête lui ferait pousser une deuxième langue. Sachiko lui avait laissé croire cela une semaine entière, par fatigue ou par amusement. Dans l’autre souvenir, Yui s’était moquée d’elle jusqu’à ce que Mai lui jette une prune salée à la figure.

Shigeru leva les yeux vers la chaise vide.

Dans cette vie, personne n’avait reçu la prune.

— Lundi, répéta Mai. Le propriétaire veut une réponse lundi.

— Je sais.

— Non. Tu sais depuis trois semaines. Ce n’est pas pareil.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
Le café de Kōenji — Lecture — APODYOPSIS