À vingt et une heures six, le voyant de la ligne 18 passe du vert au rouge pendant que Jonas Holm essaie encore de décoller une étiquette de mandarine du bord de son écran.
Il remet le casque sur ses oreilles avant la deuxième sonnerie.
— 112, quelle est votre urgence ?
Au bout du fil, rien d’abord, sinon un souffle irrégulier et un bruit de vaisselle. Jonas regarde la fiche vide s’ouvrir sur son écran. Numéro mobile. Localisation en cours. Dans la salle, trente conversations s’entremêlent sans jamais devenir du bruit pour ceux qui y travaillent depuis assez longtemps. Un nom de rue surgit à gauche, une ambulance est demandée deux rangées plus loin, quelqu’un rit trop fort près de la machine à café et se reprend aussitôt.
— Monsieur ? Vous m’entendez ?
— J’ai… je crois que je me suis coupé.
La voix est âgée. Danois. Pas d’essoufflement marqué. Jonas baisse les yeux vers la ligne qui clignote au rythme de la connexion.
— Où êtes-vous ?
— Dans ma cuisine.
— Donnez-moi l’adresse.
L’homme la donne, puis ajoute qu’il ne veut pas déranger les voisins. Jonas note la rue, l’étage, l’absence d’ascenseur, le code de porte que l’homme commence par refuser puis livre quand Jonas lui demande qui ouvrira aux secours s’il perd connaissance. La coupure, apprend-il, vient d’un verre brisé. Le sang traverse un torchon. L’homme prend un anticoagulant dont il ne retrouve plus le nom.
Jonas obtient le nom de la boîte, la couleur des comprimés, l’heure de la dernière prise. Ce sont de petites prises sur le réel, des endroits où poser la main. Quand les ambulanciers auront la porte, le médicament, la profondeur probable de la plaie et le fait que le chat se cache sous la table, ils n’auront pas à perdre de temps.
— Ils arrivent dans quelques minutes. Restez assis. Le torchon, vous ne le soulevez pas pour vérifier. Vous appuyez dessus.
— C’est vraiment nécessaire, tout ça ?
— Le chat, non. Le reste, oui.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.