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Tous les Seamus / VOLUME 1

TOUS LES SEAMUS

Le jeudi après-midi, le cercueil entra par la fenêtre du salon parce que la porte d’entrée était trop étroite.

Nora avait passé vingt-huit ans à se moquer de Seamus pour cette porte. Il avait juré, chaque fois qu’une armoire coinçait dans l’encadrement, qu’il l’élargirait « dès qu’il aurait une matinée tranquille ». Elle avait fini par classer la promesse avec le robinet de la salle de bains qui grinçait, la troisième étagère du garage et le mur du jardin qui penchait sans jamais tomber. Maintenant deux hommes en costume sombre avaient retiré le battant de la fenêtre, un voisin tenait le rideau à bout de bras, et Seamus revenait chez lui à l’horizontale par le seul passage qu’il n’avait jamais envisagé de réparer.

— Ne dis rien, murmura Maeve près de l’épaule de sa sœur.

Nora ne la regarda pas.

— Je n’allais rien dire.

— Ton visage le disait.

— Mon visage a le droit de penser ce qu’il veut.

La remarque fit rire l’un des porteurs malgré lui. Il baissa aussitôt les yeux, comme s’il avait profané quelque chose. Nora lui adressa un signe qui voulait dire que ce n’était pas grave. Rien, depuis trois jours, n’était grave de la manière prévue. Le grave se déplaçait sans prévenir : une chemise encore sur une chaise, une facture au nom de Seamus, une part de tarte réservée dans le réfrigérateur. À côté, un homme mort revenant par la fenêtre relevait presque de la logistique.

Ils installèrent le cercueil dans le salon, entre la bibliothèque et le radiateur. Il occupait l’endroit exact où, le dimanche, Seamus étendait ses jambes jusqu’à barrer le passage. Nora recula de deux pas, corrigea d’un geste inutile le napperon posé sous un vase et demanda aux hommes s’ils avaient besoin de thé.

— Nora, dit Maeve.

— Quoi ?

— Ils font ça toute la journée.

— Et alors ? Ils ont peut-être soif toute la journée.

Le plus âgé accepta. Ce fut un soulagement disproportionné.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
TOUS LES SEAMUS — Lecture — APODYOPSIS