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Le pèlerin que tous attendaient / VOLUME 1

LE PÈLERIN QUE TOUS ATTENDAIENT

À huit heures moins dix, la pluie n’avait pas encore décidé si elle tomberait. Elle tenait dans l’air au-dessus des toits de Santiago, assez fine pour ternir les vitres sans produire de gouttes, et Inés avait ouvert la fenêtre de la cuisine parce que son père faisait griller du pain comme s’il cherchait à enfumer quelqu’un.

— Tu pourrais baisser, dit-elle.

Xoán Varela retourna les tranches avec deux doigts.

— Je pourrais. Mais alors ce serait moins grillé.

La Casa do Freixo n’était pas encore réveillée tout à fait. À l’étage inférieur, les ressorts d’un lit protestèrent, puis une porte de douche se ferma. Sur le palier, un sac à dos s’affaissa contre le mur avec ce bruit de bête fatiguée que faisaient les sacs trop lourds. Dans la cuisine familiale, au-dessus des chambres de l’auberge, Inés avait vidé sur la table une boîte de coquilles Saint-Jacques percées d’un trou. Certaines étaient propres, d’autres gardaient un liseré de terre dans leurs côtes. Les pèlerins les oubliaient, les abandonnaient, les échangeaient contre une plus belle. Xoán refusait qu’on les jette.

« Ça a déjà porté quelqu’un jusqu’ici », disait-il.

Ce matin-là, Inés les attachait à de courtes ficelles pour marquer les douze casiers neufs du dortoir du fond. Elle inscrivait les numéros dans un petit carnet à couverture noire, celui où elle notait les dépenses qu’elle oubliait ensuite de reporter dans le tableur. Coquille, nœud, chiffre. Coquille, nœud, chiffre. Le geste occupait ses doigts assez pour qu’elle n’ouvre pas le dossier posé à côté de la corbeille de fruits.

Mara arriva à huit heures trois. Inés le vit sur l’horloge du four, parce que sa sœur avait demandé huit heures et qu’elle demanderait certainement qu’on remarque qu’elle avait fait deux heures de route pour être à l’heure.

Elle entra sans embrasser personne, secoua son parapluie dans l’évier et posa son sac sur la chaise où se trouvaient les papiers.

— Tu les as lus ?

— Bonjour.

— Bonjour. Tu les as lus ?

Xoán posa une troisième tasse sur la table.

— Café avant les actes de guerre.

— Ce n’est pas une guerre, papa.


Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.

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S / Lecture
AU DOS DE VOTRE PARCOURS

Quelque chose
est resté.

Vous avez suivi une présence, traversé un lieu, regardé un objet. Les histoires ont gardé leur place. Votre passage a laissé une autre trace.

« Une vie dont on se souvient.
Un présent que l’on choisit. »

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Une lettre de l’expérience visuelle, conservée sur cet appareil.
LE PÈLERIN QUE TOUS ATTENDAIENT — Lecture — APODYOPSIS