Le liquide refusait de choisir un bas.
Dans le cylindre transparent fixé devant Élise, une goutte de silicone avait quitté la seringue avec la lenteur d’une chose qui se méfiait du monde. Elle s’était arrondie, avait hésité à toucher la paroi, puis le film capillaire l’avait saisie. Sur Terre, l’expérience aurait eu quelque chose de trivial : une pente, une pesanteur, une direction imposée. Ici, dans le laboratoire européen, il fallait fabriquer la direction avec des surfaces, des angles, des vitesses de pompe et beaucoup de patience.
Élise Varenne avait passé assez de temps en orbite pour ne plus trouver poétique qu’un stylo s’éloigne pendant qu’on parle. Elle le rattrapa du poignet, coinça sa chaussure sous la barre de maintien et lut les trois dernières lignes du moniteur.
— Encore onze millisecondes, dit-elle.
Malik Osei, à l’autre bout du rack, ne leva pas les yeux.
— Neuf.
— Onze entre la caméra et le débitmètre.
— Neuf après correction du tampon.
— Le tampon est justement ce que je veux enlever de l’équation.
Il souffla par le nez. Chez Malik, cela pouvait signifier qu’il riait ou qu’il renonçait à convaincre quelqu’un ; Élise avait appris à attendre une seconde avant de choisir.
— On a une séquence exploitable, dit-il. Sol la veut avant dix-huit heures. Grace veut le rack pour la maintenance à dix-huit heures quinze. Et toi, j’imagine que tu veux une séquence parfaite dans un univers où même les chaussettes partent vivre leur vie.
Élise regarda la chaussette grise qui séchait dans un filet au-dessus de lui.
— Elle est retenue par deux mousquetons.
— Tu vois ? Tu refuses même mes métaphores.
Elle sourit malgré elle. Sur l’écran, la courbe de pression avait la propreté satisfaisante d’une route vue d’en haut. Une oscillation au démarrage, un plateau, puis le retour. Rien qui exigeât de recommencer. Rien, sauf ces onze millisecondes qui n’étaient peut-être que neuf et qui se tenaient pourtant dans son attention comme une écharde.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.