À huit heures douze, le mur ne contenait encore que des morts.
Mara Keene le préférait ainsi.
Pas les morts, bien sûr. Le mot *préférer* appartenait à une catégorie de pensée qu’elle n’aurait pas tolérée dans un rapport. Ce qu’elle préférait, c’était la netteté. Six cadres magnétiques sur le tableau blanc de la salle 4B, cinq portraits d’identité et, au milieu de la rangée inférieure, la photographie plus ancienne de Kara Bloom, vingt-six ans, disparue depuis neuf ans. Sous chaque visage, une bande de papier : nom, date, dernière localisation vérifiée. Rien d’autre.
Les stagiaires avaient tendance à combler les blancs. Des flèches, des adjectifs, des verbes entourés au feutre rouge. Mara les faisait effacer.
— Si le tableau vous explique l’affaire, dit-elle, c’est qu’il vous ment déjà.
Eli Navarro, debout derrière elle avec deux cafés, poussa la porte du pied.
— Tu devrais faire imprimer ça sur des mugs.
Il posa le sien près du clavier et lui tendit l’autre. Mara ne le prit pas tout de suite. Elle observait la photo de Kara. Une frange sombre, un sourire trop large pour l’image officielle de son permis, un grain de beauté à gauche de la bouche. Depuis neuf ans, les journaux utilisaient la même photo. À force, le sourire était devenu une caractéristique du dossier, au même titre que le kilométrage de sa Honda ou l’heure de son dernier appel.
— Le rapport de Blacksburg ? demanda Mara.
— Arrivé à six quarante. Ils ont enfin vérifié le péage.
Cette fois, elle prit le café.
— Et ?
— Et Haskins n’était pas là.
Mara se retourna.
Navarro n’avait pas le ton satisfait. C’était pire. Il avait le ton des gens qui viennent déposer un objet fragile sur une table et qui vous laissent décider si vous allez le casser.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.