À huit heures dix, la cour était encore assez vide pour que la cloche porte jusqu’au talus qui bordait les terrains de sport.
Akiho Morita tira une première fois sur la corde. Le battant frappa le bronze avec un son plus grave qu’elle ne l’aurait voulu, une vibration ronde qui resta suspendue sous l’auvent avant de se disperser vers les bâtiments. Trois enfants qui changeaient leurs chaussures dans l’entrée levèrent la tête. L’un d’eux, Sōta, applaudit comme si elle venait d’ouvrir une cérémonie.
— Pas encore, dit-elle. Aujourd’hui, c’est seulement un exercice.
— Vous dites ça tous les mois.
— Parce que tous les mois, c’est seulement un exercice.
Il lui adressa le sourire exact de ceux qui venaient d’obtenir une phrase qu’ils pourraient répéter pendant la récréation.
Au mur, juste derrière la cloche, la nouvelle carte d’évacuation brillait sous son plastique. Le trajet rouge partait de l’école, traversait la rue des ateliers, contournait le terrain de baseball puis montait par la route du réservoir jusqu’au gymnase municipal. Un trajet propre, large, validé, avec des flèches épaisses et des pictogrammes que même les plus jeunes pouvaient suivre.
Akiho n’aimait pas cette carte.
Ce n’était pas une opinion assez importante pour mériter une réunion. C’était une contrariété de praticienne : le détour ajoutait plusieurs minutes, coupait deux fois la circulation et obligeait les classes à se rejoindre au même carrefour. L’ancien trajet passait derrière la salle de musique, franchissait le petit portail de service et gagnait directement l’escalier de pierre qui montait au cimetière. Plus raide, certes. Plus étroit. Mais elle pouvait le parcourir les yeux fermés.
Elle avait enseigné quinze ans dans cette école. Elle connaissait le portail qui coinçait par temps humide, la troisième marche fendue, le chien de la maison blanche qui aboyait au passage des groupes, le virage où les enfants accéléreraient parce qu’ils verraient déjà les cyprès au-dessus du mur. Une carte imprimée le mois précédent ne pouvait pas, à ses yeux, rendre tout cela moins vrai.
Fin de l’extrait. Retrouvez les autres récits de cet univers.